Congrès de Genève 09 et 10 octobre 2010 PDF

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Pour un islam de paix

Cheikh Khaled Bentounes

Cette rencontre organisée par la branche suisse de l’association AISA est la continuité d’un combat mené depuis des années pour faire entendre et connaître la voix et l’héritage de l’islam ‘spirituel’. Elle est aussi un écho du grand rassemblement qui s’est tenu à Mostaganem en juillet 2009 pour célébrer le centenaire de la TariqaAlâwiyya. Cet héritage qui remonte aux sources même du message mohammédien nous invite à nous interroger sur l’essence de l’islam, sa pratique, sa vision et sa contribution au dialogue, à la justice, à la fraternité, à la paix d’une humanité de plus en plus complexe en devenir. Le philosophe Edgar Morin nous dit dans son livre l’inhumanité de l’humanité : « rien n’est assuré, y compris le pire ». « Car l’agressivité est une constante de l’espèce humaine et tous les massacres de notre histoire prouvent que nous sommes une espèce criminelle. Alors que dans le monde animal on se tue pour se nourrir ou se défendre, la violence meurtrière se débride chez l’homme, si elle n’est pas régulée par l’affectif, le rationnel, le social et le culturel qui ont heureusement institué barrières et tabous à la violence. En cela Morin a raison de parler de l’inhumanité de l’humanité » disait Marc de Smedt – question de n°126 – Pour un islam de paix – Janvier 2001.

Comment résoudre ce dilemme qui caractérise l’homme à être tout à la fois l’incarnation de la plus profonde et belle sagesse et de la plus cruelle et inhumaine démence. Etant soumis à la fois à l’instinct de notre origine antérieure (minérale, végétale, animale), à l’environnement extérieur dû au poids de l’héritage de nos cultures et de la société en perpétuel changement et enfin à notre intériorité qui interpelle en permanence notre conscience. En définitive ce qui détermine et valorise en nous l’être humain n’est-il pas avant tout son état de conscience ? Peu importe sa race, sa couleur, sa philosophie ou sa religion. C’est la prise de conscience de soi, du sens et des valeurs qui le fondent, qui le distingue parmi ses semblables et nourrit son idéal humain.

Devant les défis majeurs auxquels est confrontée l’humanité d’aujourd’hui, les crises perpétuelles et constantes qui secouent le système né d’une globalisation et devant une modernité caractérisée par un consumérisme débridé du n’importe comment et du n’importe quoi. « Avez-vous entendu, en vous de « confuses paroles », écouté battre votre cœur, donné du sens à votre vie ? Avez-vous pensé que poésie, musique, peinture, la danse et la calligraphie, la sculpture, tous les arts enfin étaient une prière, religieuse ou profane, une révélation, celle des richesses inconnues que l’homme porte en lui, celles de la création ? »disait Pierre Seghers dans l’introduction du livre La motte Adam d’Alfred Sapin.

Aujourd’hui à chacun de nous s’impose un choix, le choix des chemins et des solutions qui s’offrent à nous pour gérer le présent et anticiper l’avenir. Chacun est mis en face de sa responsabilité, de sa liberté et de son rôle dans la vie et dans le monde devant les conflits actuels. Tous les acteurs de la société (politique, culturel, économique, social, scientifique, religieux, médiatique, etc.) sont invités à réfléchir et à agir ensemble en partenaires égaux et responsables. Une réforme intérieure, indépendante de tous préjugés (raciaux, culturels ou religieux) pour développer et accompagner une humanité naissante, aux vertus et aux valeursuniverselles faites d’amour et de fraternité.Dans un article paru dans nouvelles clefs d’octobre – novembre 2010 intitulé l’intelligence collective, Monsieur Patrice Van Eersel nous dit : « à Homo sapiens succède Homo communicans, qui évolue dans un nouvel espace anthropologique. Après l’espace de la Terre (l’homme préhistorique), l’espace du territoire (l’homme du Néolithique) et l’espace de la marchandise (l’homme de la Renaissance), l’espace du savoir est en train de nous faire basculer dans une dimension encore jamais vue, où la valeur réside désormais davantage dans la connaissance que dans le capital ou le travail. Reliés les uns aux autres par le World Wide Web,  qui pénètre jusque dans nos vies intimes, nous traversons selon Levy, un passage aussi puissant que celui de l’invention de l’écriture, il y a 7000 ou 8000 ans.

Cette mutation intensifie notre intelligence collective, que le visionnaire définit en trois points :

·         Chacun sait quelque chose ;

·         Nul ne sait tout ;

·         L’échange est la clef de tout progrès

Face à de nouvelles perspectives qui s’offrent à nous comment mettre de l’ordre dans ce désordre à travers des informations de plus en plus nombreuses ? Comment permettre à cette intelligence collective de participer au développement personnel et individuel vers une gestion plus responsable par un consensus général et un consentement mutuel en prenant en compte la diversité culturelle-religieuse avec tout le poids du passé qui la rattache à des traditions et des coutumes parfois antagoniques ?

Comment par exemple dépasser l’intelligence clanique limitée à un espace et un nombre d’individus qui se reconnaissent, parlent la même languedans un environnement géographiquelimité ?

De plus avec le poids de l’héritage des états nations fondés sur un système pyramidal dirigé par une minorité assujettieà la répartition des fonctions, des responsabilités, des pouvoirs, des richesses et une hiérarchie sociale qui s’inscrit dans les mémoires depuis la construction des pyramides jusqu’à nos jours. Mais cette réalité sous-estime le potentiel humainet engendre une complexité qui désormais la dépasse.

C’est dans beaucoup de pays où des peuples souffrent d’un manque de démocratie évoluant dans une société fondée sur le non-respect des droits les plus élémentaires, que des conflits armés continuent de faire couler le sang de nombreux innocents, que certains subissent la spoliation de leurs terres et la non reconnaissance de leur dignité à avoir un état. La spéculation à outrance enrichit une minorité sur la souffrance du plus grand nombre, alimentant un système financier en faillite qui mène le monde vers un déséquilibre croissant alors qu’un tiers des avoirs financiers et des compétences scientifiques sont consacrés à la production d’armements de plus en plus destructeurs.

Face aux innombrables crises et défis qui nous assaillent, certains pensent que l’intelligence collective est devenue un concept clef auquel s’accroche de plus en plus d’espoir. Elle devrait nous dit Patrice Van Eersel « pouvoir résoudre bien des problèmes – impasses écologiques et grandes injustices – puisque sa logique enseigne à l’individu que son intérêt, même égoïste, est d’aider l’autre dans son épanouissement. … Nous sommes donc en train de muter vers une intelligence collective globale, qui retrouve les qualités de l’intelligence originelle, tout en les intégrant au « village planétaire » du cyberespace. L’esprit de coopération y est de mise, ce qui signifie obligatoirement un travail personnel d’introspection et d’initiation à la communication non violente. »

Ceci nous amène à nous interroger sur le choix et les buts de notre rencontre aujourd’hui dans cette ville-république du canton de Genève. Le choix de ce pays pour débattre de l’avenir qui nous concerne tous ainsi que les générations à venir n’est pas fortuit. Ce pays, la Suisse est, comme vous le savez, constitué de plusieurs cantons qui se sont fédérés après une sanglante guerre de religion. Son fédérateur n’était ni un prince politique, ni un prêtre d’aucune église. C’était un paysan père d’une famille nombreuse, Nicolas de Flue(1417 – 1487) un ermite qui s’est retiré du monde pour prier et méditer. Depuis son intervention en 1481, la prospérité de la fédération helvétique repose, sur sa neutralité, l’égalité de ses citoyens, la paix,  la sécurité entre eux et avec leurs voisins.Cela a évité au peuple de ce pays de vivre et de subir l’horrible souffrance et la destruction qu’a vécu le monde pendant les deux guerres mondiales qu’ont connues la plupart des pays dans le monde au XXème siècle. De ce petit pays se sont levées des voix contre les injustices, les tortures et les violations des droits humains et c’est en ce lieu que furent négociés les accords de paix qui aboutirent à l’indépendance de plusieurs pays dont les accords d’Evian, en mars 1962, qui consacrèrent la libération de mon pays l’Algérie. Sans oublier que c’est dans ce pays aussi que le soufisme de la voie alâwiyya a pris racine en 1935.Quant aux buts recherchés et espérés à travers cette rencontre dans cette capitale du monde, siège de nombreuses institutions et ONG internationales, c’est que notre appel soit entendu de tous et qu’au cœur de l’Europe où est née cette initiative de paix et d’espérance, des hommes et des femmes de toutes origines et de toutes confessions conscients des enjeux dont dépend le futur, tissent des liens de fraternité et de paix durable. Mais comment promouvoir cette paix ? Comment la rendre opérative par des actions concrètes et efficaces ? Comment parler de paix à ceux qui souffrent dans leur chair et qui voient que leurs droits et leur dignité sont bafoués tous les jours ? Et c’est là que nous nous retournons vers cette sagesse millénaire, héritage commun de toute l’humanité : vers une spiritualité active dont les fondements sont la sacralité de la vie, l’altruisme, le don de soi, l’abstention de faire à l’autre ce qu’on ne veut pas qu’on nous fasse et l’altérité dans le respect d’autrui ; car nous sommes les miroirs les uns des autres et chacun de nous a besoin de l’autre pour se découvrir à soi. En chacun de nous se trouve le meilleur et le pire, comment éviter le pire et faire grandir en nous le meilleur, ce meilleur le plus généreux et le plus noble chez l’être humain.

En chacun de nous se trouve une partie de la réponse à ces questions et chacun de nous peut apporter sa pierre à l’édification de cette espérance. En tant que musulman, je m’adresse d’abord aux miens. En janvier 2001 nous avons organisé au siège de l’UNESCO sur deux jours, une conférence internationale dont le thème était : « pour un islam de paix ». Les actes de ce colloque ont été publiés aux éditions Albin Michel dans question de n°126.La suite des évènements, dans la même année, confirma nos craintes et nos préoccupations concernant une frange minoritaire et radicale qui s’inspire d’une exégèse essentiellement politique du Coran. En effet ces derniers taxent les dirigeants des pays islamiques, ainsi que le reste de la communauté musulmane qui n’adhère pas à leur thèse de dénégation et d’impiété parce qu’ils ne mettent pas en œuvre dans leur société les prescriptions de la Sharia islamique. Ils se donnent ainsi le droit de désobéir aux lois qui régissent les états, voire de se révolter contre eux et appellent à un jihâd en Dieu pour faire triompher par la force leurs idées. Or, le monde et principalement l’Occident ne prit conscience de la gravité de cette situation que neuf mois après. Le choc produit par les attentats du 11 septembre 2001 produisit une onde de choc qui ne cesse de soulever des vagues successives d’indignation, de mépris et de rejet de l’islam, de sa civilisation et de son message authentique universel. Chaque musulman, où qu’il se trouve se sent atteint dans la dignité de sa foi. Il est devenu malgré lui,un terroriste en puissance, que l’on voudrait cacher dans l’ombre, prêt à surgir à tout moment pour commettre un attentat. La médiatisation à outrance, la confusion volontairement entretenue entre Islam et islamisme, une islamophobie rampante et contagieuse engendrent au quotidien une pression psychologiquement insupportable : le poids de la culpabilité doublé d’un péril vert déferlant sur l’Europe et l’Occident à travers la théorie des chocs des civilisations. L’Islam égal violence, égal régression, égal incompatibilité avec la modernité et la paix mondiale. Une simplification de l’histoire et du vécu commun. Un oubli de l’apport civilisationnel qu’a produit et transmis à l’Europe de la Renaissance dans l’art, la culture, les sciences, la philosophie, ce monde musulman désormais replié sur lui-même et qui semble dormir depuis lors. Par contre, il faut saluer l’objectivité d’auteurs et de penseurs occidentaux qui ont analysé et comparé les différentes époques et les espaces géographiques du monde islamique où vivaient des communautés juives et chrétiennes sous le statut de la « Dhimmah ». Statut des minorités protégées. Ils conclurent : « si des exemples de discrimination confessionnelle ont bel et bien existé sous certains califes postérieurs, force est de constater qu’ils ne sauraient être comparés aux massacres religieux en Occident de l’époque, d’autant plus que la coexistence l’a toujours emporté sur des mesures de discrimination car les gens du peuple finissaient toujours par rendre caduques de telles prescriptions qui ne reflètent ni l’essence de l’Islam ni les traditions de cet Orient multiracial et multiconfessionnel. »

Comment relever le défi de restaurer l’image de cette religion sans revenir à l’essence spirituelle de son message, si l’ensemble de la Oumma islamique demeure silencieuse et tétanisée ; si son élite religieuse et intellectuelle ne démontre pas par les textes scripturaires et juridiques la faiblesse des arguments de ceux qui soutiennent cette frange djihâdiste et ses connaissances superficielles subjectives.Notamment quand il s’agit d’aborder une question aussi grave et délicate que le jihâd. Comment convaincre les chercheurs et les écrivains, les journalistes sérieux de l’Occident, plus particulièrement quand il s’agit d’aborder des questions de controverse soulevées par la problématique générale du jihâd ?En effet l’action, l’activisme ou le militantisme de ceux qui prônent le jihâd ne vise en fait que le pouvoir. Ils vident l’essentiel de ce principe qu’est le jihâd en Islam qui préconise l’effort sur soi à pacifier ses passions et parfaire ses actions. Le mot jihâddont la racine étymologique est Jadd (force), donc de chercher en soi l’énergie et la force créatrice de s’améliorer et d’améliorer la société dans laquelle on vit. Or, comment peut-on s’améliorer et améliorer la société sinon que par un effort constant à combattre l’ignorance et à rechercher la connaissance ?Par un effort de justice politique, sociale et universelle, car « l’injustice » comme l’a dit le Prophète« est sous l’aisselle de tout homme. C’est l’exercice du pouvoir qui la dévoile ». Dans l’Islam traditionnel cette mission éducative était confiée à des imams prédicateurs. Par leur savoir des principes, des règles, des critères et des normes de la prédication (Da‘wa), ils exhortaient les fidèles à la miséricorde, à l’indulgence, à la justice,àcondamnerl’injustice commise à l’encontre de toute personne y compris les adeptes des autres religions. Leur enseignement était en premier lieu de veiller à la paix et à l’unité de la société humaineet d’ordonner le convenable (al-ma‘rûf) et de proscrire le blâmable(al-munkar), ce qui signifie littéralement ce qui est reconnu par tous comme convenable(al-ma‘rûf) et ce qui est rejeté par tous comme blâmable (al-munkar). L’objectif d’un tel jihâd prédicatif, éducatif est de faire prévaloir la morale universelle qui commande le bien et les préceptes  qui préservent l’humanité pour ne pas sombrer dans l’anarchie et le désordre. C’est promouvoir une société bâtie sur la piété, la pureté, la sincérité, la justice, la fidélité à la miséricorde divine et rattachée au principe du Tawhîd (l’unicité) qui rappelle à chaque être l’égalité des hommes devant Dieu. Ce jihâd appelé majeur par rapport au jihâd mineur qui est défensif appelle l’être à vivre une paix partagée prévalant dans une société coopérative au sein de laquelle sont exercées des activités dans le partenariat. Paix sociale prélude à une paix internationale et politique. Les traits pertinents d’une telle paix nous invitent à la coopération, à la coexistence, au consentement mutuel, à l’entente, à la cohésion, à la transparence, à la solidarité entre tous et entre les générations. Cet humanisme préconisé par ce jihâd que l’Emir Abdelkader appelle le droit de l’humanité lors de l’émeute de Damas en 1863, est pétrie par la miséricorde et l’amour de Dieu. Le constat est que cette prédication du jihâd a peu d’intérêt pour les radicalistes. Ceux-ci se contentent de mener une action d’endoctrinement au sein de groupes ou de groupuscules cloisonnés, préférant s’isoler d’une société islamique devenue pour eux jahilite (ignorante) et mécréante et prenant les pays islamiques pour des pays de kufr (dénégation) et d’infidélité ce qui justifie la guerre. Si nous retenons que parmi les multiples facettes du jihâd existe le jihâd défensif ou belliqueux, il est prescrit comme le souligne la grande majorité des juristes musulmans pour défendre quelque chose d’existant, une patrie, un bien, un honneur. Il ne saurait l’être pour créer une chose inexistante. Autrement dit le jihâd belliqueux armé ne saurait être un moyen d’établir un état ou un régime islamique car le pays de l’Islam se construit par un jihâd prédicatif basé sur le dialogue et le libre choix de chaque citoyen. Les prescriptions islamiques ne sauraient être imposées d’en haut car l’Islam n’a pas de clergé ou de prêtres consacrés. Leur mise en œuvre doit se faire par la méthode de la shûrâ (consultation) et du consensus (ijmâ‘) démocratique.

Monsieur Olivier Roy dans son livre « échec de l’islam politique » rappelle :

« Le militantisme islamique puise ses pratiques et ses tactiques dans un marxisme prolétaire et anti-impérialiste auquel les islamistes n’ont fait que donner des slogans islamistes.» Le souci majeur des jurisconsultes musulmans a toujours été de préserver l’unité de la nation quitte à admettre momentanément un pouvoir dépravé pour éviter un désordre insurrectionnel qui mène à la guerre civile. L’esprit révolutionnaire armé n’est donc pas d’obédience religieuse selon la loi. La prédominance temporelle d’un tel esprit dans le monde islamique avec la propagation des mouvements intégristes ne saurait être expliquée que par la consécration tout au long de ce siècle des idéologies révolutionnaires contemporaines. 

Je voudrais signaler les points importants et positifs de ce constat qui peuvent nous aider à réfléchir à sortir de cette situation qui nous semble sans issue ; à construire et préserver le vivre-ensemble d’une société en pleine mutation par le métissage des idées, des cultures et de flux migratoires qui continuent à transformer la société en profondeur. Le XXIème siècle va certainement bouleverser nos savoirs, nos connaissances, nos certitudes sur tous les plans. Le monde est en changement y compris le monde islamique.D’éminents chercheurs en sciences islamiques travaillent à réhabiliter la vérité doublement occultée aussi bien par une politisation pathologique de l’islam chez les islamistes que par une campagne savante de diabolisation de cette religion méconnaissant la loi de l’histoire comme l’excellent travail mené par le Docteur Mohamed Saïd Ramadan Al-Bouti dans son ouvrage Le jihâd en islam comment le comprendre et comment le pratiquer ?édité par Dâr el Fikh- Beyrouth ou l’arabisant et docteur en sciences politiques Stéphane Lacroix dans son ouvrage Les islamistes saoudiens une insurrection manquée aux éditions Proche Orient PUF. Ainsi que d’autres chercheurs et spécialistes qui nous invitent à reconsidérer notre vision consistant à exclure le rôle, voire l’existence du quart de l’humanité qui se réclame de l’Islam.

Dans beaucoup de pays de la communauté européenne, l’Islam est devenu la deuxième religion après le christianisme et les musulmans sont une composante de la société européenne. Ne pas le reconnaître, l’exclure ou le marginaliser ne fera qu’accroître les difficultés de son intégration. Quant aux musulmans européens, il est de leur devoir et de leur intérêt de promouvoir un islam d’ouverture, de cohésion sociale et de citoyenneté exemplaire. Vivant dans des pays démocratiques garantissant à chacun le respect de ses droits et de ses convictions, ils sont appelés à redécouvrir la richesse de cet héritage spirituel de l’islam, le faire connaître à leurs enfants pour les préserver de la marginalisation et du communautarisme suicidaire faisant le jeu de ceux qui voient en l’islam un danger pour la société ; éviter à leurs enfants de tomber dans le piège du jihâdisme militant qui préconise de contraindre les hommes à embrasser l’islam comme tend à le faire prévaloir une lecture réductrice de notre histoire;d’être les traits d’union entre Orient et Occident appelés à construire les fondements d’un monde d’échanges, de paix et de prospérité dans le respect des différences. C’est en cela que l’islam radical peut, sans l’avoir voulu, nous faire découvrir la réalité de ce message spirituel et universel de l’authentique Islam libre et responsable. Si l’homme d’aujourd’hui a soif d’universel, a soif de justice, d’amour, alors oui le message de l’Unicité est une réponse. Mais serons-nous assez sages pour l’entendre ? Le cheikh al-‘Alâwîconsidéré comme le revivificateur de la tradition soufie au XXème siècle dans son traité Recherches philosophiques – édition les amis de l’islam Paris 1984 – traitant des projets de société ne vient pas comme certains avec la prétention d’apporter des réponses toutes faites. Il se contente de poser les questions essentielles et de nous proposer des moyens d’y répondre qui passent par l’acquisition des vertus. Il esquisse ensuite une trame sur le modèle des lois divines reliant le ciel à la terre, l’Universel à l’Unicité. Aux hommes réalisés et sages, il appartient de remplir le vide médian, de tisser le vêtement du siècle à venir. Il récuse les principales objections faites à la religion :

Le véritable athéisme n’existe pas. Tout homme a besoin de croire, ne serait-ce qu’en lui-même.

L’incroyant s’invente seulement un dogme personnel pour le substituer à la véritable religion.

Même le doute est une affirmation de Dieu puisqu’il suppose d’être entré en contact avec Lui.

Ainsi la négation devient affirmation lorsqu’elle rencontre l’esprit du cheikh al-‘Alâwî. Le lien avec la transcendance est aussi manifesté à l’homme dans ses rapports avec la nature. Minéraux, végétaux, animaux font partie intégrante de lui-même : ils sont sa chair. Comment pourrait-il leur manquer de respect ? Certains hommes en sont déjà conscients, pourtant leurs déclarations restent sans écho. La doctrine de l’Unicité est peut-être ce petit quelque chose de plus, attendu, qui touchera l’humanité.

Même si le cheikh al-‘Alâwîporte un regard critique sur l’état actuel du monde, il n’est pourtant pas de ceux qui rejettent tout l’acquis de l’évolution humaine, et s’enferment dans un fallacieux dogmatisme stérile ou fanatique. Au contraire le monde actuel est un Vouloir Divin à l’image de notre éloignement du principe universel.Il ne nous appartient pas alors d’en juger. Mais l’homme aveuglé par lui-même, y a vu une raison de nier ou douter. Il s’est arrangé la paternité de cette évolution, comme si Dieu seul n’avait pas ce pouvoir. Il s’est privé volontairement des bienfaits du respect des lois divines. C’est pourquoi les sociétés humaines, y compris celles d’aujourd’hui dont la puissance, la richesse n’ont jamais été égalées, sont pourtant incapables de résoudre des problèmes élémentaires.

Ces recherches philosophiques ne sont pas un appel d’outre-tombe aux hommes de bonne volonté. Elles sont, comme tout message universel, au présent.

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